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Ray Charles à l’Olympia (2000)

March 10, 2017

Il est vingt heures, ce 22 novembre 2000 et, cloîtré à l’intérieur de l’Olympia, Jean-Pierre Grosz, agent et producteur de son état, n’en mène vraiment pas large. A l’extérieur, sur le boulevard des Capucines, la foule grossit à vue d’œil. 2500 personnes, grondantes, qui attendent impatiemment l’ouverture des portes… Le choix de chroniquer ce disque, relativement récent compte-tenu de la ligne éditoriale de ce blog, peu paraître étonnant. Mais il y a, derrière cet enregistrement, un véritable destin, de ceux qui, mis bout à bout, écrivent le grand livre d’histoire de la musique. Revenons un instant à l’Olympia. Dix-sept ans après les faits, Grosz avoue aujourd’hui qu’il a passé là « les quarante-huit heures les plus difficiles de sa carrière ». Les raisons en sont multiples et une telle accumulation semble à peine vraisemblable. Par une incroyable successions de coïncidences, grève, tempête, crash aérien, 29 des musiciens de l’ensemble de Ray Charles sont restés coincés à Lisbonne alors que le public attend, 1735 kilomètres plus loin, à Paris, le début des festivités. Seulement trois musiciens, outre Ray, ont pu être rapatrié à temps : le bassiste Thomas Fowler, le guitariste Bradley Rabuchin et Peter Turre, l’excellent batteur au swing remarquable ; soit l’ossature rythmique du groupe de Ray Charles. C’est donc en formation restreinte qu’ils montent sur scène et il faut toute l’expérience, le savoir-faire et le talent des quatre hommes, en costume nœud-papillon, pour arriver à se tirer d’un semblable guêpier. Si le disque ne manque pas de grands moments, lorsque les musiciens mettent à profit le formidable espace d’expression qui leur est offert, (cf. « Blues for Big Scotia », « Just the way you look tonight », « Hallelujah I love her so », « Almost like being in love again », « Just a thrill », “It had to be you”) certains passages sont plus cruels et douloureux à nos oreilles (« A song for you » reprise chez Leon Russell, « Georgia on my mind »), les musiciens se débattant avec un matériel pas forcément adapté : une basse électrique à cinq cordes pour Thomas Fowler, là où une contrebasse s’imposait, un synthé Yamaha KX 88, au son bon marché et terriblement daté, pour Ray Charles, quel dommage de ne pas avoir pu fournir au Genius un instrument digne de son rang et de sa légende… Le DVD bonus est sobrement mis en images par Gérard Pullicino, à dix milles lieues de ses extravagances de Taratata à la même époque. C’est par miracle que ce concert, qui aurait dû être annulé, ait été gravé sur bande et nous arrive aujourd’hui. Un document historique. Disparu en 2004, Ray Charles ne reviendra plus jamais à Paris. Il aura donc réussi sa sortie, de la même façon qu’il était entré dans la carrière, accompagné par un trio aux accents libres entre jazz et soul, sur la scène de l’Olympia. Ô temps ! Suspends ton vol…

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