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Tony Joe White : « Black and white » (1969)

January 23, 2017

Permettez-moi de commencer cette chronique, une fois n’est pas coutume, par une anecdote personnelle. Un jour dans un diner de Chicago, alors que je m’apprêtais à croquer dans mon hamburger, une serveuse m’interpelle : « Mais qui est ce Tony Joe White ? » en faisant référence à mon tee-shirt, fièrement arboré. Et moi, le petit Français, de lui expliquer ce monument du patrimoine musical étasunien… Et c’est bien là que réside tout le drame de Tony Joe White, éminemment américain et pourtant largement, et injustement, ignoré sur sa terre natale. Car Tony Joe White, c’est le terroir, le marais de Louisiane dont il est originaire, un petit gars de la campagne qui rêve de la grande ville (« Soul Francisco » exercice de brièveté absolue : 1 minute 55 de pur bonheur). Un songwriter élégant duquel il exhale un fort parfum de blues (« Scratch my back ») et de soul par le biais d’une pédale wha-wha qu’il maîtrise à la perfection (« Whompt out on you ») : quel groove ! Et cette voix ! Un timbre profond et grave, parfait pour raconter ces histoires d’ouvriers agricoles (cf. « Willie and Laura Mae Jones ») qui respirent le vécu. Ce premier album repose sur une alchimie rare, un équilibre précaire. D’un côté il y a Tony Joe, guitariste de son état, au jeu brut de décoffrage, duquel échappe une sauvagerie savamment contrôlée (« Don’t steal my love », « Who’s making love »). Ce côté rock n’roll a été arrondi grâce au travail minutieux de l’arrangeur Bergen White qui, à grandes lampées de cordes et de cuivres, a adouci la musique, cherchant à créer l’écrin idoine pour mettre en valeur sa voix de crooner, sans dénaturer la nature intrinsèquement roots de la chose. Un premier effort rare et précieux, composé pour moitié de compositions originales (la face A) et pour moitié de reprises (la face B).

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