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Gérard Manset : « Long long chemin » (1972)

November 19, 2017

Gérard Manset est, certainement, probablement, le musicien français le plus secret de tous les temps. Déjà parce qu’il n’a, jamais ô grand jamais donné un seul concert de sa vie. Ensuite, les photos de lui sont extrêmement rares. Gérard Manset, ce type un peu fantôme, que l’on croise peut-être tous les jours au café ou dans le métro sans même le savoir. Sa discographie est tout aussi secrète que lui pour une raison toute simple : elle avait disparu des bacs. Au moment du grand chambardement que fût la réédition cd, au siècle dernier, Manset avait décidé de lui-même lesquels de ses disques méritaient une réédition, éliminant au passage les trois-quarts de son œuvre qui a vu ses prix s’envoler sur les sites spécialisés. C’est donc un petit événement qui a eu lieu le 13 octobre dernier : la réédition de ses 18 albums (!!!) uniquement en physique (pas de téléchargement ni de streaming, saluons l’initiative, chapeau bas Monsieur !) : « un long long chemin » pour paraphraser le titre de cet album honni par l’artiste absent des disquaires depuis sa sortie originale en 1972 ! Il s’agît donc d’une redécouverte de cet artiste que l’on connaît finalement assez mal. Et c’est heureux car la qualité d’écriture est au moins égale à celle (du nettement plus médiatique) Michel Polnareff. Chez Manset, la barre est placée assez haut. L’écriture est exigeante, les textes cryptiques, les arrangements précis et élaborés à base d’instruments classiques (cordes, violons, vents, clavecin, piano) sont au service de structures alambiquées et complexes (cf. “Jeanne”), multipliant les pistes et les chausse-trapes, qui ne sont pas sans rappeler le rock progressif anglais de la même époque. Différence de taille cependant, le tout est chanté en français ce qui fait de lui un esthète de la chanson française flirtant avec l’expérimentation (le folk dissonant de « Celui qui marche devant », « L’oiseau de paradis ».) Un voile mystérieux entoure cet album. Evitant les routes directes, Manset préfère les chemins escarpés, détournés. « Long long chemin » est donc un disque libre comme il est devenu impossible d’en faire. Un disque abstrait et baroque, loin des conventions, dans lequel l’auditeur est libre d’aller comme il lui convient. Chacun entendra ce qu’il voudra de cet album tant les interprétations sont nombreuses. Un album riche, dense et propre à faire travailler l’imaginaire de l’auditeur. C’est une merveilleuse nouvelle que cette réédition.

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